Trois lettres, un standard, et pourtant une confusion qui persiste dans presque toutes les entreprises : qu’est-ce que le GHG Protocol, au juste ? Ni une loi, ni un label, ni un logiciel, mais le langage commun sur lequel repose aujourd’hui l’essentiel de la comptabilité carbone mondiale, de la CSRD au CDP en passant par le SBTi.
Qu’est-ce que le GHG Protocol ?
GHG Protocol : la genèse d’un standard mondial du carbone
Le GHG (Greenhouse Gas) Protocol, un référentiel méthodologique qui permet à toute organisation de mesurer, comptabiliser et déclarer ses émissions de gaz à effet de serre de façon rigoureuse. Il couvre les six gaz du Protocole de Kyoto (CO₂, CH₄, N₂O, HFC, PFC, SF₆), tous convertis en une unité commune, le CO₂ équivalent, pour pouvoir être additionnés et comparés.
Son objectif premier reste de fournir un langage commun : avant sa création, chaque entreprise bricolait sa propre méthode, rendant les inventaires impossibles à comparer entre eux.
Le GHG Protocol a mis fin à cette confusion en imposant un socle partagé, permettant par exemple de comparer les émissions d’une entreprise japonaise et d’une entreprise française sans redécouvrir leur méthodologie.
👉 Remarque
Selon le site officiel du GHG Protocol, sa mission consiste à « développer les standards de comptabilisation et de reporting des gaz à effet de serre les plus crédibles, les plus accessibles et les plus largement utilisés, tout en facilitant activement leur adoption à l’échelle mondiale ».
Autre particularité qui compte, surtout pour une PME ou une ETI qui hésite encore à se lancer : toute la documentation du GHG Protocol est en accès libre et gratuit. Pas de licence à acheter, pas d’abonnement annuel pour consulter les guides de calcul.
Cette gratuité tranche avec certaines méthodes nationales, où l’accès à la base de facteurs d’émission ou à la formation certifiante peut représenter un coût non négligeable pour une structure aux moyens limités.
Dernier point de définition, et non des moindres : le GHG Protocol s’arrête au calcul et à la déclaration des émissions. Il vous dit comment mesurer, comment structurer votre inventaire, comment le rendre vérifiable. En revanche, il ne vous dicte pas votre plan d’action de réduction.
Histoire et organismes fondateurs (WRI/WBCSD)
Le GHG Protocol naît fin des années 1990 de la rencontre entre deux organisations : le World Resources Institute (WRI), centre de recherche américain fondé en 1982, et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), une coalition d’entreprises basée à Genève. Un rapport du WRI publié en 1998, « Safe Climate, Sound Business », pose la nécessité d’une mesure standardisée des émissions, et les deux organisations scellent fin 1997 le partenariat qui donnera naissance au GHG Protocol.
Fait notable, le groupe de pilotage réunit à la fois des ONG comme le WWF et des industriels comme Shell ou Norsk Hydro, une coalition inhabituelle qui a largement contribué à la légitimité de la norme.
La première édition du Corporate Standard paraît en 2001 et devient la référence de la comptabilité carbone d’entreprise, si bien qu’on confond souvent ce seul standard avec le GHG Protocol dans son ensemble.
Plus récemment, en 2025, le GHG Protocol et l’ISO ont annoncé un partenariat stratégique pour fusionner leurs référentiels en une famille de normes co-labellisées.
🎯 Bon à savoir
L’accord a été officialisé le 9 septembre 2025, puis concrétisé lors d’un atelier organisé à la COP30 avec la présidence brésilienne de la conférence, où les deux organisations ont formellement lancé leur « Plan pour harmoniser les normes mondiales de comptabilisation du carbone ».
Une convergence à surveiller de près si vous pilotez une stratégie climat sur plusieurs marchés, car elle devrait simplifier vos futurs exercices de reporting plutôt que les complexifier.
Comment fonctionne le GHG Protocol ? Méthodologie et scopes
La classification en 3 scopes
Si vous ne devez retenir qu’une chose du GHG Protocol, c’est sa classification des émissions en trois scopes, la brique la plus reprise par toutes les réglementations qui ont suivi.
- Scope 1 : les émissions directes de votre organisation, gaz de chaudières, carburant de vos véhicules, fuites de fluides frigorigènes
- Scope 2 : les émissions indirectes liées à l’énergie que vous achetez, électricité, vapeur, chaleur, froid
- Scope 3 : tout le reste de votre chaîne de valeur, achats, transport, déplacements, usage de vos produits vendus, fin de vie
Se concentrer uniquement sur les scopes 1 et 2 revient à ignorer l’essentiel du gisement d’émissions.
Le scope 2 mérite un mot à part : le GHG Protocol prévoit deux méthodes de calcul, à présenter côte à côte plutôt qu’à additionner, car elles racontent deux histoires différentes d’une même consommation :
- Location-based : le mix énergétique moyen du territoire où vous consommez
- Market-based : vos contrats spécifiques, notamment l’électricité verte via garanties d’origine
Ces deux résultats ne se substituent pas l’un à l’autre : ils doivent être présentés côte à côte, jamais additionnés, car ils racontent deux histoires différentes d’une même consommation.

Selon une analyse du World Resources Institute s’appuyant sur les données du Carbon Disclosure Project, le scope 3 représente en moyenne les trois quarts des émissions d’une entreprise, un chiffre qui grimpe jusqu’à 99,98 % pour le secteur des services financiers.
Les principes fondamentaux et les étapes de calcul
Derrière chaque bilan carbone construit selon le GHG Protocol, il y a cinq principes qui gouvernent tout le reste :
- La pertinence, d’abord, vous invite à définir un périmètre qui reflète fidèlement la réalité de vos émissions et qui réponde aux besoins de décision de ceux qui liront votre bilan.
- L’exhaustivité vous demande de prendre en compte toutes les sources d’émissions significatives dans le périmètre choisi, sans en écarter certaines simplement parce qu’elles sont compliquées à mesurer.
- La permanence garantit que vos comparaisons dans le temps restent valables, en exigeant que tout changement de méthode soit clairement documenté.
- La transparence impose un traitement factuel et cohérent des données, avec une traçabilité claire des choix méthodologiques.
- L’exactitude, vous pousse à limiter au maximum les incertitudes, sans surestimer ni sous-estimer vos résultats.
Ces cinq principes une fois posés, place à la méthode elle-même. Le GHG Protocol structure le calcul d’un inventaire en cinq grandes étapes, que vous retrouverez quasiment à l’identique dans n’importe quel accompagnement :
| Étape | Ce qu’elle implique | |
|---|---|---|
| 1. Périmètre organisationnel | Choisir entre contrôle opérationnel (100 % des émissions des sites exploités) et contrôle financier (au prorata de la participation capitalistique) | |
| 2. Périmètre opérationnel | Décider quels scopes, et surtout quelles catégories du scope 3, sont pertinents pour votre activité | |
| 3. Année de référence | Fixer un point de comparaison fixe pour mesurer les progrès dans la durée | |
| 4. Collecte des données et facteurs d’émission | Appliquer la formule donnée d’activité × facteur d’émission = émissions en tCO₂e | |
| 5. Contrôle qualité et publication | Vérifier la cohérence globale, documenter les hypothèses, rédiger et publier le rapport | |
Un dernier point mérite d’être répété, car il revient sans cesse dans les échanges avec nos clients : le GHG Protocol s’arrête là. Il vous accompagne jusqu’à la publication de votre bilan, mais il ne vous dit pas comment réduire vos émissions. Cette dernière étape, la plus stratégique, reste entièrement entre vos mains.
GHG Protocol face aux autres référentiels
Une question revient souvent chez les responsables RSE : si le GHG Protocol existe déjà, à quoi sert l’ISO 14064-1 ? En réalité, cette norme internationale, publiée en 2006, traduit les principes du GHG Protocol dans le format habituel des normes ISO, avec en plus la possibilité d’une certification par un tiers indépendant. Les deux référentiels ont d’ailleurs été alignés officiellement dès 2007 par l’ISO, le WBCSD et le WRI.
Sur le fond, la logique est la même : émissions directes d’un côté, indirectes de l’autre. Seule différence notable, l’ISO 14064-1 regroupe les scopes 2 et 3 en une seule catégorie, sans exiger le découpage détaillé en quinze catégories du GHG Protocol.
Bonne nouvelle : un inventaire déjà construit selon le GHG Protocol reste largement réutilisable pour viser une certification ISO 14064-1. En pratique, le choix se résume à un besoin concret : le GHG Protocol suffit pour un bilan carbone crédible, tandis que l’ISO 14064-1 apporte une vérification externe utile pour un appel d’offres ou une labellisation.
GHG Protocol et Bilan Carbone
Cette question revient presque à chaque mission de bilan carbone : faut-il partir sur le GHG Protocol ou sur le Bilan Carbone ? La réponse dépend rarement d’une préférence technique, et beaucoup plus souvent du profil de l’entreprise et de ses obligations.
Le GHG Protocol, on l’a vu, est un standard pensé à l’international, plutôt taillé pour les grandes entreprises et les groupes multinationaux qui doivent produire un reporting compréhensible partout dans le monde. Le Bilan Carbone, lui, joue sur un tout autre terrain : c’est une méthode née en France, conçue pour coller au plus près du contexte réglementaire national.
Son histoire mérite d’être racontée, car elle dit beaucoup de la philosophie qui l’anime. La méthode a été élaborée en 2004 pour le compte de l’ADEME par Jean-Marc Jancovici, ingénieur bien connu du secteur climat-énergie. Depuis 2011, c’est l’Association pour la transition Bas Carbone qui porte et fait évoluer la méthodologie.
👉Remarque
Selon la présentation officielle de la méthode, elle « peut s’appliquer pour des organisations, des produits ou des territoires » et a connu huit évolutions successives depuis sa création, la version 8 ayant marqué en 2018 « une étape significative en renforçant la dimension stratégique de la comptabilité carbone ».
Pour visualiser d’un coup d’œil ce qui distingue vraiment les deux référentiels avec ce tableau comparatif :
| Critère | GHG Protocol | Bilan Carbone® | |
|---|---|---|---|
| Origine et portée | Standard international, porté par le WRI et le WBCSD, taillé pour les groupes multinationaux | Méthode française élaborée en 2004 pour l’ADEME, pilotée depuis 2011 par l’Association pour la transition Bas Carbone | |
| Structure de l’inventaire | 3 scopes, un découpage large qui laisse de la souplesse dans l’interprétation | 10 postes principaux et 48 sous-postes, une granularité nettement supérieure | |
| Facteurs d’émission | Aucune base propre : vous piochez dans Ecoinvent ou les bases nationales selon votre implantation | S’appuie directement sur la Base Empreinte® de l’ADEME, mise à jour régulièrement | |
| Formation et certification | Pas d’équivalent officiel : ressources publiques et modules en ligne du GHG Protocol ou d’organismes tiers | Parcours certifiant « praticien Bilan Carbone® », avec usage officiel de la marque déposée | |
Sur l’accompagnement mené chez Viridien, multinationale spécialisée dans les géosciences, la quasi-totalité du matériel informatique des data centers est louée via un prestataire tiers plutôt qu’achetée en propre. L’essentiel de l’impact lié à la fabrication des serveurs ne remonte donc pas dans l’inventaire de Viridien, mais reste porté par le loueur.
🎯Bon à savoir
Le GHG Protocol traite les actifs loués comme une catégorie de scope 3 à part entière, la catégorie 8, dont le niveau de détail dépend de la nature du contrat. Un vrai gain de souplesse comptable face à un achat en direct, qui obligerait à intégrer d’un bloc l’empreinte de fabrication.
Pourquoi le GHG Protocol est-il incontournable pour les entreprises ?
Les bénéfices concrets pour le pilotage de l’entreprise
Concrètement, qu’est-ce que le GHG Protocol vous rapporte, une fois le bilan carbone bouclé ?
- La priorisation. Un inventaire construit selon le GHG Protocol révèle où se concentrent vos émissions, poste par poste, plutôt que de vous faire agir sur ce qui saute aux yeux (ampoules, impressions) en ratant le vrai gisement de réduction.
- L’anticipation des risques réglementaires. Une entreprise déjà dotée d’un inventaire robuste ajuste un dispositif existant plutôt que de repartir de zéro sous la pression du calendrier, ce qui limite aussi son exposition à un coût carbone croissant.
- La crédibilité auprès des investisseurs, clients et régulateurs, qui se traduit directement dans l’accès au financement.
- La comparabilité dans le temps et avec vos pairs, qui aide à fixer des objectifs réalistes.
- La donnée carbone devient un critère de décision à part entière, nourrissant vos choix d’achats, votre logistique et vos décisions d’investissement.
Le GHG Protocol n’est plus un simple standard technique, c’est devenu le socle commun sur lequel s’appuient la CSRD, le CDP, le SBTi et une bonne partie du financement vert. Que vous partiez de zéro ou que vous cherchiez à consolider un bilan carbone existant, la vraie difficulté ne tient pas à la théorie, mais à son application concrète, périmètre organisationnel, choix des facteurs d’émission, arbitrage entre GHG Protocol et Bilan Carbone.
C’est précisément sur ce terrain que nos experts de Consultis Environnement, organisme de formation certifié Qualiopi, interviennent au quotidien auprès des PME, ETI et grands comptes : audits, gap analysis, accompagnement à la réalisation de votre bilan carbone ou de votre ACV, et formations pour rendre vos équipes autonomes sur la durée.
Si vous souhaitez faire le point sur votre propre stratégie carbone, nos consultants sont à votre disposition pour en discuter.
A retenir sur le GHG Protocol
aucun
Qu’est-ce que le GHG Protocol ?
Le GHG Protocol est un référentiel méthodologique international qui fournit aux organisations un cadre standardisé pour mesurer, comptabiliser et déclarer leurs émissions de gaz à effet de serre. Développé à la fin des années 1990 par le WRI et le WBCSD, il s’est imposé comme le langage commun de la comptabilité carbone, sur lequel s’appuient aujourd’hui la CSRD, le SBTi et le CDP.
Quels sont les 3 scopes du GHG Protocol ?
Le GHG Protocol classe les émissions en trois catégories : le scope 1 (émissions directes des installations et véhicules), le scope 2 (émissions indirectes liées à l’énergie achetée), et le scope 3 (toutes les autres émissions de la chaîne de valeur, des achats à la fin de vie des produits). Ce dernier représente en moyenne 75 % des émissions totales d’une entreprise.
Quelle est la différence entre GHG Protocol et Bilan Carbone ?
Le GHG Protocol est un standard international taillé pour les groupes multinationaux, sans base de facteurs d’émission propre. Le Bilan Carbone est une méthode française développée pour l’ADEME, plus granulaire (48 sous-postes), adossée à la Base Empreinte et assortie d’un parcours certifiant. Les deux sont compatibles, le choix dépend du profil et des obligations de l’entreprise.
Le GHG Protocol est-il suffisant pour piloter sa décarbonation ?
Le GHG Protocol s’arrête à la mesure et à la déclaration des émissions : il ne prescrit aucun plan d’action ni objectif de réduction. Une fois le bilan carbone établi selon ses principes, l’entreprise doit construire sa trajectoire de décarbonation séparément, en s’appuyant par exemple sur les critères SBTi ou la méthode ACT de l’ADEME.