Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du numérique sont en constante augmentation du fait de l’accroissement des besoins en stockage de données (et donc de l’augmentation de la consommation électrique et en eau des data centers par exemple), d’usages toujours plus énergivores (visionnages de vidéos en 4k, streaming illimité), ou encore de la fabrication d’innombrables terminaux et autres objets connectés.
Or, ces émissions ont des effets délétères sur l’environnement et la biodiversité. L’objectif à suivre est donc de parvenir à les faire baisser dans tous les secteurs, y compris, donc, dans celui du numérique ! Pour cela, la notion de sobriété numérique s’impose comme un concept clé pour encadrer les usages et parvenir à modérer intelligemment notre consommation.
Dans cet article, nous définirons plus en détail le concept de sobriété numérique et vous proposerons trois bonnes pratiques à mettre en place en entreprise.
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Qu’est-ce que la sobriété numérique ?
Pour décortiquer le concept de sobriété numérique, nous verrons dans un premier temps le contexte dans lequel ce terme apparaît, avant de définir précisément de quoi cette notion relève précisément.
Un constat : une augmentation sans précédent des émissions de GES liées au numérique.
Le secteur du numérique a un impact environnemental tangible et (malheureusement) en forte croissance.
À l’échelle mondiale, le secteur numérique représente environ 4 %des émissions de gaz à effet de serre (source : Shift Project, 2021).
Dans ces 4%, on inclut l’ensemble du cycle de vie des équipements et services numériques (c’est-à-dire de l’extraction des matières premières, jusqu’à la fin de vie, en passant par le transport), ce qui comprend également les infrastructures réseaux et les data centers.
En France, la part du numérique est quand-à-elle estimée à 2,5 %de l’empreinte carbone nationale, selon les travaux conjoints de l’ADEME et de l’Arcep.
Si les tendances actuelles se poursuivent, poussées par une multiplication des objets connectés la généralisation du cloud, l’explosion du streaming et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, les émissions du secteur pourraient être multipliées par trois d’ici 2050 à l’échelle mondiale.
C’est énorme.
Les analyses du Shift Project montrent que :
Face à la place grandissante du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre, le terme de sobriété numérique fait aujourd’hui partie intégrante des démarches de numérique responsable en entreprise à même de réduire les émissions liées au numérique.

Découvrez comment mesurer l’empreinte carbone du numérique dans une vidéo que je vous présente
Sobriété numérique : késako ?
Le concept de sobriété numérique s’est progressivement imposé dans les débats publics et académiques, mais il n’est parfois pas correctement compris.
Elle ne consiste pas à renoncer au digital, ni à vivre « comme des amish », pour paraphraser la sortie d’Emmanuel Macron en 2020 (qui à ce moment-là parlait de la 5G).
Elle invite plutôt à repenser nos usages, nos équipements et nos infrastructures dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui leur sont associés. Ainsi, elle s’inscrit dans une démarche qu’on pourrait qualifier de « modération intelligente » (on est donc loin d’un retour à l’âge de pierre !).
Le terme de sobriété numérique est notamment porté en France par Frédéric Bordage, fondateur du collectif GreenIT.fr.
« La sobriété numérique consiste à réduire les impacts environnementaux du numérique en modifiant nos usages et en allongeant la durée de vie des équipements. »
GreenIT.fr
Ce qui est novateur dans le concept de sobriété numérique, c’est qu’il permet de questionner le besoin numérique (il ne se cantonne donc pas uniquement à la question de l’efficacité stricte de tel ou tel usage). Il permet de s’interroger sur des questions clés, comme :
- Avons-nous réellement besoin de multiplier les équipements ?
- Faut-il renouveler un parc informatique tous les trois ans ?
- Toutes les données doivent-elles être conservées indéfiniment ?
- La haute définition est-elle indispensable pour chaque usage professionnel ?
Les trois leviers de la sobriété numérique
La notion de sobriété numérique s’articule autour de trois leviers complémentaires :
- Allonger la durée de vie des équipements, par la maintenance, la réparation ou bien l’achat de matériel reconditionné
- Réduire les usages superflus ou énergivores, comme le stockage massif de données inutiles, la multiplication des emails avec des pièces jointes lourdes, les visioconférences en haute définition ou le streaming systématique.
- Concevoir des services numériques plus frugaux, ce qui peut passer par la réduction du poids des pages, l’optimisation du code et des infrastructures, ou encore l’adoption d’approches low tech qui privilégient des solutions simples, robustes et économes en énergie.
🙌 Note
Le terme de frugalité, appliqué au numérique, sert à désigner peu ou prou la même chose que le terme de sobriété.
Cadre réglementaire de la sobriété numérique
La sobriété numérique s’inscrit dans un cadre réglementaire ; celui de la loi REEN(Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique) du 15 novembre 2021 structure les orientations publiques en matière de numérique responsable.
La loi REEN vise notamment à : sensibiliser à l’impact environnemental du numérique, limiter le renouvellement des terminaux, encourager des usages plus vertueux, promouvoir des data centers moins énergivores et structurer une stratégie numérique responsable dans les territoires.
La sobriété numérique devient aussi un enjeu stratégique pour lesentreprises, qui doivent désormais se conformer à des contraintes réglementaires croissantes, et intégrer la notion de sobriété numérique au sein de leur démarche RSE globale.
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3 exemples de bonnes pratiques de sobriété numérique en entreprise
Appliquer les principes de sobriété numérique en entreprise passe par un certain nombre de bonnes pratiques à respecter. Vous en trouverez trois exemples dans la suite de cet article.
1. Prolonger la durée de vie des appareils numériques grâce à l’écoconception
Agir sur les équipements est généralement ce qui vient en tête en premier lorsque l’on pense aux bonnes pratiques de sobriété numérique.
Comme nous l’avons évoqué plus tôt, la fabrication des terminaux (ordinateurs, smartphones, écrans, serveurs) représente la part la plus importante de l’empreinte carbone du numérique.
L’essentiel des émissions liées aux équipements se trouvent donc en amont : avec l’extraction des métaux rares (souvent dans des conditions éthiques peu respectables), l’utilisation d’une grande quantité d’énergie pour produire les composants électroniques, mais aussi le transport à l’échelle mondiale.
Tout cela se passe donc avant la première mise sous tension de l’appareil !
L’écoconception : une approche cycle de vie
Sachant que les émissions sont concentrées en grande partie au début du cycle de vie des appareils, l’écoconception peut devenir une bonne alliée, car elle consiste justement à intégrer les impacts environnementaux d’un produit ou service numérique dès la phase de conception. Elle prend aussi compte de tout le reste du cycle de vie et des différentes étapes :
- Extraction des matières premières,
- Fabrication des équipements,
- Phase d’usage,
- Maintenance,
- Fin de vie et recyclage.

Allonger la durée de vie des équipements
Dans une entreprise, prolonger la durée de vie du parc informatique de deux ou trois ans peut réduire significativement l’empreinte carbone globale.
Pour cela, il est possible de mettre en place plusieurs pratiques :
- Une politique de maintenance proactive,
- Le remplacement ciblé des composants plutôt que du matériel complet,
- Le recours au reconditionné lorsque c’est pertinent,
- La mise en place d’une gestion raisonnée du renouvellement.
La loi AGEC a d’ailleurs introduit un indice de réparabilité, permettant d’évaluer la facilité de réparation d’un équipement. Ce critère pourra guider vos décisions d’achat lorsqu’il s’agira de renouveler votre parc informatique.
Il est également possible de s’appuyer sur des labels pour acheter ou louer des équipements informatiques :
- TCO Certified : certification internationale intégrant des critères environnementaux et sociaux
- EPEAT : registre international évaluant la performance environnementale des équipements électroniques
2. Choisir des data centers respectueux de l’environnement pour héberger ses données
Les data centers jouent un rôle important dans l’empreinte environnementale du numérique. C’est d’autant plus le cas depuis l’apparition de l’IA générative et des modèles de langage qui nécessitent d’immenses quantités de données qu’il faut bien stocker quelque part ! Les data centers jouent ce rôle de stockage à merveille, mais en contrepartie, nécessitent de grandes quantités d’électricité et d’eau pour pouvoir fonctionner.
Selon l’ADEME, les centres de données représentent aujourd’hui environ 2,2 % de la consommation électrique nationale en 2026. Une part qui devrait augmenter dans les prochaines années au vu de l’engouement pour les nouvelles technologies dopées à l’IA.
Pourquoi les data centers polluent-ils autant ?
Globalement, un data center consomme de l’électricité pour :
- Alimenter les serveurs,
- Refroidir les équipements (climatisation, systèmes thermiques),
- Assurer la redondance et la sécurité électrique.

Si cette électricité provient majoritairement d’énergies fossiles (charbon, gaz), l’empreinte carbone associée augmente mécaniquement. À l’inverse, un hébergement alimenté par une électricité bas carbone (renouvelable ou nucléaire dans le contexte français) réduit l’impact lié à l’usage.
Intégrer des critères environnementaux dans le choix de vos prestataires
Il est donc important de bien intégrer les critères environnementaux dans le choix de vos prestataires, d’hébergement et stockage de données. Plusieurs choses sont à prendre en compte dans ce choix :
- Analyser le mix énergétique du fournisseur cloud,
- Vérifier les engagements en matière d’efficacité énergétique (PUE – Power Usage Effectiveness),
- Examiner les certifications environnementales (ISO 14001, ISO 50001),
- Privilégier des acteurs engagés dans la réduction effective de leurs émissions.
A noter que certains fournisseurs investissent dans des infrastructures à haute performance énergétique, dans la récupération de chaleur fatale ou dans l’implantation de data centers dans des zones climatiquement favorables au refroidissement naturel.
Besoin d’accompagnement sur le choix de vos data centers ?
3. Obtenir le label Numérique Responsable et former ses équipes aux bonnes pratiques
La sobriété numérique suppose aussi une forme d’évolution culturelle des collaborateurs en entreprise pour mettre en place les bonnes pratiques de façon très concrète, ce qui peut passer par de la formation, mais aussi par l’intégration de l’entreprise à des référentiels reconnus comme le Label NR.
Former aux écogestes numériques
De nombreux impacts proviennent des usages quotidiens :
- stockage massif de fichiers en doublon,
- conservation illimitée des emails,
- envoi de pièces jointes lourdes,
- activation systématique de la vidéo en visioconférence,
- renouvellement anticipé des terminaux.
Former vos équipes permet d’installer des réflexes simples (mais efficaces !), comme le fait de nettoyer régulièrement les espaces de stockage, de privilégier les liens partagés aux pièces jointes, d’éteindre les équipements inutilisés, ou encore de signaler les besoins réels avant tout renouvellement matériel (pour ne pas remplacer ce qui peut encore être utilisé).
Au-delà des écogestes, la formation doit expliquer les ordres de grandeur, les impacts cycle de vie, et les enjeux réglementaires dont nous avons parlé précédemment dans cet article
Structurer la démarche via un référentiel reconnu : le label NR
Pour crédibiliser votre engagement, vous pouvez vous appuyer sur le Label Numérique Responsable, porté par l’Agence LUCIE.
Ce label vise à accompagner les organisations dans la mise en place d’une stratégie numérique responsable globale, ce qui comprend :
- la gouvernance,
- les achats IT responsables,
- l’écoconception,
- l’inclusion numérique,
- la sensibilisation interne.
La labellisation implique un diagnostic, un plan d’action et une amélioration continue.


