Ecoconception : quels sont les enjeux et étapes de mise en pratique en entreprise ?

Ecoconception : quels sont les enjeux et étapes de mise en pratique en entreprise ?

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Sommaire

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En 2026, les émissions de gaz à effet de serre du secteur du numérique représentent entre 4 et 5% des émissions globales planétaires. Ce chiffre est d’ailleurs en augmentation année après année. Face à ce constat, le principe d’écoconception des services numériques permet, dans une certaine mesure, de réduire les émissions du secteur (c’est en tout cas le but qu’il défend).

Plus largement, la notion d’écoconception s’applique aux biens et aux services et permet de réduire les émissions en appliquant une logique de cycle de vie.

Dans cet article, nous plongerons en détails dans cette notion, en décortiquant ses objectifs, la façon de l’appliquer, et les avantages qu’elle comporte en entreprise.

Qu’est-ce que l’écoconception ?

L’écoconception : c’est quoi ?

Commençons par une définition simple : L’écoconception consiste à intégrer des critères environnementaux dès la phase de conception d’un produit ou d’un service, et ce sur l’ensemble de son cycle de vie.

« L’écoconception vise à minimiser les impacts environnementaux des produits et services tout au long de leur cycle de vie »

Source : ADEME

La notion de cycle de vie est ici très importante : elle indique que le principe d’écoconception impose une vision systémique, presque holistique (les grands mots !), du produit ou du service.

Une notion réglementée

L’écoconception s’appuie sur des cadres normatifs (ISO 14006, ISO 14044 pour l’ACV), sur des méthodes européennes comme le PEF (Product Environmental Footprint) qui retient 16 catégories d’impact, et sur des référentiels publics.

Elle peut également conduire à l’obtention de labels environnementaux reconnus tels que :

  • L’Écolabel Européen
  • NF Environnement
  • Le label allemand Blue Angel

 L’écoconception suit une logique de compromis

L’écoconception s’intègre dans une logique de compromis. Il s’agit :

  • D’arbitrer entre plusieurs matériaux.
  • De comparer différentes solutions techniques.
  • De mesurer les impacts croisés (carbone, eau, ressources, toxicité…).
  • D’accepter parfois un investissement initial supérieur pour un bénéfice global à moyen terme.

L’écoconception s’applique aussi aux services numériques

L’écoconception ne concerne pas que les biens et les produits.

Elle s’applique également aux services, et de manière croissante aux services numériques.

On parle alors d’écoconception des services numériques. Les principes restent identiques : réduire l’impact environnemental dès la phase de conception.  

L’écoconception défend une approche multicritère et multi-étapes

Le principe d’écoconception repose sur une double exigence méthodologique :

  1. Une approche multicritère
  2. Une approche multi-étape.

1.  L’approche multi-critère

L’écoconception prend en compte une pluralité de critères, parmi lesquels :

  • Les émissions de gaz à effet de serre (GES)
  • La consommation d’énergie primaire et d’eau
  • La consommation d’eau
  • L’épuisement des ressources naturelles (métaux, minerais, combustibles fossiles)
  • La pollution de l’air, des sols et de l’eau
  • La toxicité humaine et écotoxicité
  • L’acidification des milieux
  • L’eutrophisation
  • L’impact sur la biodiversité

La méthodologie européenne PEF (Product Environmental Footprint) retient d’ailleurs 16 catégories d’impact environnemental que vous pouvez consulter sur le site internet de la commission européenne.

2. L’approche multi-étapes

La deuxième dimension de l’écoconception est son approche “du berceau à la tombe”, c’est-à-dire sur l’intégralité du cycle de vie.

NB : On pourrait plus précisément parler d’une approche « du berceau au berceau » dans une approche circulaire !

Chaque étape du cycle de vie génère des impacts environnementaux. On en dénombre six :

  1. La conception (Il est estimé que plus de 80 % des impacts environnementaux liés à un produit sont déterminés lors de la phase de conception)
  2. L’extraction et la transformation des matières premières
  3. La fabrication
  4. Le transport et la distribution
  5. L’usage
  6. La fin de vie.

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L’écoconception, une approche multi-critère et multi-étape

L’écoconception des services numériques

Les impacts environnementaux du numérique sont conséquents (entre 4 et 5% des émissions de gaz à effet de serre mondiale), et sont donc impossibles à ignorer. La montée en puissance de l’intelligence artificielle très gourmande en énergie (il faut d’innombrables data centers pour les faire tourner) ne fait que renforcer cette dynamique.

C’est dans ce contexte qu’est née l’écoconception des services numériques. Elle reprend les fondements de l’écoconception « classique », en les adaptant aux spécificités du numérique.

On y retrouve les exigences que sont l’approche cycle de vie, multicritères et multi-étapes.  

Les cinq piliers de l’écoconception des services numériques

L’écoconception des services numériques s’appuie généralement sur cinq piliers fondamentaux..

1. La définition de l’unité fonctionnelle

Avant toute chose, il est indispensable de définir clairement le service rendu. L’unité fonctionnelle permet de répondre à la question : à quoi sert réellement ce service numérique ?

Par exemple : « permettre à un utilisateur de consulter son solde bancaire une fois par jour » ou « publier un article et le rendre accessible à 10 000 lecteurs par mois ».

Cette étape permet de mesurer l’impact par service rendu, et non par simple volume technique.

2. L’évaluation de l’ensemble des équipements nécessaires

Un service numérique mobilise :

  • Des serveurs (hébergement, cloud)
  • Des réseaux de télécommunication
  • Des terminaux utilisateurs (ordinateurs, smartphones, tablettes)
  • Des équipements intermédiaires (box, routeurs)

L’écoconception numérique intègre l’impact de la fabrication, de l’usage et de la fin de vie de ces équipements, souvent prépondérant dans le bilan global.

3. Une approche cycle de vie complète

Comme pour un produit physique, l’écoconception des services numériques analyse les 6 étapes du cycle de vie.

🙌 Remarque

Cette approche montre souvent que ce sont les choix faits très en amont (architecture, UX, fonctionnalités) qui conditionnent l’essentiel des impacts futurs.


4. Le suivi de plusieurs indicateurs environnementaux

L’écoconception numérique utilise une lecture multicritère, de la même manière que l’approche écoconception produit.

Cette lecture multicritère permet d’éviter les effets rebond. On parle d’effet rebond lorsqu’un service devient plus rapide mais incite en contrepartie à des usages excessifs, ce qui ne réduit pas in fine la consommation d’énergie totale qui lui est liée.

5. Une démarche d’amélioration continue

L’écoconception d’un service numérique s’inscrit dans une logique itérative : mesurer, améliorer, mesurer à nouveau. Cela suppose la mise en place d’indicateurs de suivi précis, mais aussi de la désignation d’un référent.

Envie de vous lancer dans une démarche d’éco conception de vos services numériques ?

Comment mettre en place une politique d’écoconception en entreprise en 3 étapes

Nous vous proposons dans cette partie trois étapes pour mettre en place concrètement une démarche d’écoconception au sein de votre entreprise :

  1. Evaluer vos besoins
  2. Améliorer votre démarche
  3. Communiquer les améliorations

1. Evaluer ses besoins en écoconception

Mettre en place une politique d’écoconception en entreprise commence par un diagnostic lucide.

C’est une étape fondatrice et absolument déterminante !

Mesurer avant d’agir : la base méthodologique

Pour commencer, faites une analyse de cycle de vie de vos produits ou services ! Cela permet tra de quantifier les impacts environnementaux sur l’ensemble de son cycle de vie : matières premières, fabrication, transport, usage, fin de vie.

Cette première « photographie environnementale » vous permet de déterminer :

  • Les étapes les plus impactantes
  • Les postes dominants (énergie, matériaux, transport…)
  • Les indicateurs critiques (GES, eau, ressources, toxicité…)

Pour les PME et ETI qui souhaitent structurer leur démarche sans mobiliser immédiatement des ressources lourdes, il existe aussi des dispositifs tels que le Diag Ecoconception soutenu par Bpifrance, qui permet :

  • De réaliser une première évaluation environnementale simplifiée
  • D’identifier des pistes d’amélioration concrètes
  • De prioriser les actions à court et moyen terme
  • De sensibiliser les équipes internes

Le diag écoconception ne remplace pas une ACV approfondie, mais constitue un point d’entrée pour amorcer une dynamique.

L’entreprise peut ensuite définir ses objectifs et indicateurs à suivre qui doivent être quantifiables et mesurables.

2. Améliorer sa démarche en écoconception de biens ou de services

Une fois les impacts identifiés grâce à une ACV ou à un diag ecoconception, l’enjeu est désormais d’agir de manière ciblée.

Pour un produit, cela peut passer par :

  • Le choix de matériaux moins énergivores ou recyclés
  • La réduction des quantités de matière (allègement)
  • L’amélioration de la durabilité (réparabilité, modularité)
  • L’optimisation des procédés de fabrication

Pour un service, notamment dans le cadre de l’écoconception des services numériques, l’amélioration porte sur :

  • La simplification fonctionnelle
  • L’optimisation des architectures techniques
  • La réduction des flux de données
  • Une maintenance plus sobre

L’amélioration s’inscrit aussi dans une logique d’économie circulaire : allongement de la durée de vie, facilité de démontage, réemploi, réduction de la dépendance aux ressources vierges.

Enfin, chaque amélioration doit être mesurée. Une ACV comparative permet de vérifier les gains obtenus et d’éviter les transferts d’impact.

3. Communiquer ses améliorations en écoconception

L’entreprise peut maintenant valoriser ses avancées en les communiquant.

La communication doit s’appuyer sur des données vérifiables, des indicateurs chiffrés et, lorsque cela est pertinent, sur des labels reconnus comme :

  • L’Écolabel Européen
  • NF Environnement
  • Le label Blue Angel
  • L’affichage environnemental (expérimenté en France sur certaines catégories de produits)

⚠️ Attention

Une communication environnementale non étayée peut être perçue comme du greenwashing et fragiliser la crédibilité de l’entreprise. La transparence est essentielle.


Elle peut se déployer sur :

  • Le site internet
  • Les réseaux sociaux
  • Les rapports RSE
  • Les supports commerciaux

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Zoom sur les bonnes pratiques d’écoconception des services numériques

Dans le cadre de l’écoconception des services numériques, nous vous listons trois bonnes pratiques qu’il est possible d’adopter rapidement, ainsi que quelques outils vous permettant de diagnostiquer votre niveau d’écoconception numérique.

vue plongeante de personnes travaillant sur des ordinateurs pour illustrer l'écoconception des services numériques

3 bonnes pratiques d’écoconception des services numériques

Le collectif Green IT a formalisé un référentiel de 115 bonnes pratiques d’écoconception web, régulièrement actualisé, qui sert aujourd’hui de base à de nombreuses démarches d’écoconception numérique.

Voici trois exemples de bonnes pratiques :

1. Réduire le poids des pages

Réduire le poids des pages est une bonne pratique d’écoconception web.

Cela passe par :

  • L’optimisation des images (formats adaptés, compression)
  • La limitation des vidéos en lecture automatique
  • La minification des fichiers CSS et JavaScript
  • La suppression des éléments inutiles

Un site plus léger est plus sobre, plus rapide et aussi mieux référencé ! 

2. Réduire la complexité de la page

Un site trop complexe multiplie les requêtes et les scripts. L’écoconception site web invite à :

  • Limiter les fonctionnalités rarement utilisées
  • Simplifier l’interface
  • Adopter une approche “mobile first”
  • Supprimer les animations superflues

Dans de nombreux services numériques, une part significative des fonctionnalités n’est jamais utilisée. Simplifier améliore à la fois l’impact environnemental et l’expérience utilisateur.

3. Limiter le nombre de requêtes

Chaque requête serveur génère un échange de données et consomme de l’énergie. Les réduire permet de limiter la consommation énergétique des data centers par exemple.

Des outils utiles dans le cadre de l’écoconception des services numériques

Parmi les solutions les plus utilisées pour identifier ses leviers d’actions dans le cadre d’une démarche d’écoconception des services numériques, figure EcoIndex.

Cet outil évalue la performance environnementale d’une page web à partir de plusieurs paramètres techniques : poids de la page, nombre de requêtes HTTP, complexité du DOM. Il attribue une note (de A à G) et fournit des pistes d’amélioration concrètes.

Le plugin Green IT Analysis est un autre outil utile. Il analyse une page et la compare aux bonnes pratiques issues du référentiel des 115 recommandations d’écoconception web, ce qui permet de visualiser rapidement les écarts et de prioriser les actions.

🙌 Remarque

Un outil d’évaluation ne remplace pas une analyse de cycle de vie complète, mais il constitue un excellent point d’entrée pour initier une démarche d’écoconception numérique.

Les avantages de l’écoconception en entreprise

L’écoconception s’intègre à la RSE

L’écoconception s’inscrit dans la stratégie RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et contribue à structurer une politique environnementale crédible et alignée avec les attentes réglementaires et sociétales.

Dans un contexte marqué par la CSRD (remplacée par la VSME pour les petites et moyennes entreprises non côtées), les entreprises doivent démontrer leur capacité à réduire leurs impacts. L’écoconception offre un cadre pour répondre à ces exigences.

Elle contribue notamment à :

  • Réduire l’empreinte carbone globale
  • Limiter la consommation de ressources naturelles
  • Structurer une démarche d’amélioration continue
  • Nourrir les indicateurs extra-financiers

Dans le cadre du numérique responsable, l’écoconception des services numériques permet également d’aligner la stratégie IT avec les engagements RSE.

Elle peut permettre d’accroître sa compétitivité

L’écoconception est aussi un levier de compétitivité. En intégrant les critères environnementaux dès la conception, l’entreprise améliore simultanément la performance de ses offres et sa résilience économique.

Sur le plan commercial, un produit ou un service éco-conçu répond mieux aux attentes des clients (qu’ils soient consommateurs finaux, donneurs d’ordre publics ou grands comptes). Les appels d’offres intègrent désormais des exigences environnementales explicites ; disposer d’offres écoconçues devient un facteur d’accès au marché, voire un avantage décisif face à des concurrents moins matures.

Sur le plan opérationnel, l’écoconception permet une meilleure efficience et une réduction des gaspillages.

Enfin, l’écoconception renforce l’image de marque et la confiance des parties prenantes.

L’écoconception peut réduire les coûts de production

Contrairement à une idée reçue, l’écoconception n’implique pas nécessairement un surcoût. Si certains investissements initiaux peuvent être nécessaires (études ACV, adaptation des procédés, formation), la démarche génère souvent des économies structurelles à moyen et long terme !

Elle permet notamment de réduire les matières premières utilisées et de réduire la consommation énergétique.

C’est aussi le cas dans le domaine du numérique où l’ecoconception des services numériques et l’ecoconception web permettent de :

  • Diminuer les besoins en hébergement
  • Réduire la bande passante utilisée
  • Optimiser l’architecture applicative
  • Limiter les coûts liés à l’infrastructure cloud

Vous souhaitez faire entrer votre entreprise dans une démarche d’écoconception de ses services numériques ?